Mobile Insurance Conference - 23-24 February 2017, Douala, Cameroon

Établir un équilibre entre les besoins des consommateurs et les exigences du secteur

Assurance mobile: le défi lié à l’élaboration d’un environnement règlementaire

La première Conférence sur l’assurance mobile s’est clôturée à Douala le 24 février 2017, après deux journées d’intenses discussions sur les obstacles à surmonter et les opportunités à saisir en matière d’utilisation des technologies mobiles en vue de développer l’accès à l’assurance des populations à faible revenu. Ce ne sont pas moins de cent participants, en provenance de 26 pays différents, y compris 50 représentants des autorités réglementaires, qui ont assisté à cette conférence.

Le taux de pénétration du marché de l’assurance en Afrique est de l’ordre de 2%. Dans la seule zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d'assurances)*, ce taux est même plus faible, représentant environ 1%. Au cours des dix dernière années, l’assurance « all-inclusive » a été de plus en plus distribuée par l’intermédiaire des prestataires de services techniques (PST) travaillant en coopération avec les opérateurs de réseau mobile (ORM), pour toucher une large population de clients avec une couverture d’assurance de base. Les régulateurs et les superviseurs se trouvent de plus en plus impliqués dans des marchés en évolution, où les structures rigides qui encadrent l’assurance sont mal équipées pour faire face à la flexibilité de ces nouveaux modèles de distribution. Certaines juridictions adoptent des approches proportionnelles pour répondre dans une certaine mesure aux défis que pose cette évolution. Les uns mettent en place des dispositifs de libéralisation réglementaire alors que d’autres restreignent la liberté d’agir de ces parties. Quelques rares approches juridiques sont bien structurées et beaucoup de juridictions, si ce n’est la majorité d’entre elles, essaient d’identifier les moyens permettant de faciliter efficacement le développement de l’assurance inclusive, tout en y intégrant règlementation et protection des consommateurs. 


Quelque 100 participants, originaires de 26 pays différents, ont assisté à la conférence

L’assurance mobile représente un pas important, mais ce n’est pas tout

Selon les derniers chiffres ressortant de la Carte universelle de la micro-assurance, 45% de la distribution de l’assurance se fait à travers les réseaux du marché de masse tels que les ORM. Le téléphone mobile a dépassé les Organisations de la micro-finance en devenant le réseau de distribution le plus important. De nos jours, les deux principaux PST (Prestataires de services techniques) du secteur, MicroEnsure et BIMA, rassemblent une clientèle de près de 80 millions de personnes à l’échelle internationale. Cependant, cette progression n’a pas encore atteint un nombre important de régions d’Afrique. Certains cas, tels que celui d’Airtel en Zambie, ou Ecolife au Zimbabwe, ont cependant montré à quelle vitesse les dispositifs d’assurance mobile (m-assurance) peuvent être stoppés et rejetés par les ORM, laissant ainsi des millions de clients sans couverture de risques, ceci pour diverses raisons, dont les défis règlementaires.

L’assurance mobile et le secteur technologique peuvent résoudre plusieurs problèmes, tels que le manque de données et d’informations des clients. Ils peuvent également favoriser la diffusion et répondre de façon plus adéquate aux besoins des clients. Cela peut inclure la fourniture d’informations en ligne relatives à la santé et à l’éducation des consommateurs via des plateformes en ligne. Par ailleurs, les analyses financières montrent que les formules d’assurance mobile n’apportent pas toujours une valeur ajoutée suffisante au consommateur. Les recherches qui ont été conduites en Tanzanie et au Ghana ont montré que parfois, les consommateurs ne savaient pas qu’ils disposaient d’une assurance, ne connaissaient pas le produit, ou ne savaient pas comment déclarer un sinistre. L’une des conclusions découlant de ces recherches a été que « la simplicité était quelque chose d’important ». Plus le produit est simple, plus il est probable que le consommateur le comprendra et l’utilisera de façon à créer de la valeur ajoutée.

Établir clairement les limites de la concurrence équitable

Les représentants du secteur sont convenus que l’assurance mobile demeurait confrontée à un certain nombre de difficultés nécessitant des éclaircissements. Les points et questions à résoudre pour les régulateurs sont entre autres les suivants: 

  ·        l’acceptation des signatures électroniques,
        ·        quelles informations peuvent être envoyées par l’intermédiaire de quels canaux de communication,
        ·        l’acceptation de la monnaie virtuelle – en particulier les crédits de communication – pour effectuer des
               paiements ainsi que

        ·        l’acceptation d’une chaîne de valeurs entièrement numérisée. 

Le fait d’admettre les crédits de communication comme monnaie virtuelle, ce qui n’est pas accepté par certaines banques centrales, augmenterait de façon significative la diffusion, car tous les utilisateurs de téléphones mobiles ne souscrivent pas à des portemonnaies mobiles tels que m-Pesa au Kenya.  


Les divers représentants (Fédération FANAF, opérateur de réseau mobile Orange, Allianz assurance et le premier PST MicroEnsure) ont échangé leurs vues sur la réglementation de l’assurance mobile au cours d’une discussion animée par Dirk Reinhard, Vice-président de la Fondation Munich Re.

En même temps, les représentants de certains opérateurs de téléphonie mobile ont également reconnu que la protection des consommateurs servait aussi les intérêts de l’ensemble du secteur. « Sinon, notre réputation pourrait pâtir du fait que les consommateurs ne sont pas satisfaits du produit proposé. Dans ce cas, ce sont eux qui nous contactent, et non pas l’assureur ou le PST », a déclaré le représentant d’un ORM. Comme l’assurance mobile relève de différentes règlementations, telles que celle des télécommunications, des assurances, de la protection en matière bancaire et de la protection des données, des représentants du secteur ont proposé d’identifier un régulateur principal avec lequel le secteur pourrait travailler à la simplification des procédures. D’une façon globale, la règlementation devrait être aussi simple et souple que possible. « Convaincre le marché a pris beaucoup de temps. Aujourd’hui, le rôle des PST est reconnu par les acteurs » devait déclarer Richard Leftley, CEO de MicroEnsure. « Les limites de la concurrence équitable sur le marché doivent être clairement établies et le régulateur doit rester à l’écart de cette activité commerciale. Ne réglementez pas les primes ou les commissions. Laissez le marché prendre ses décisions » a déclaré M. Leftley.

Les défis à relever à l’avenir

La vitesse de l’innovation technologique remet en question les cadres réglementaires et de supervision existants, qui ont besoin de s’adapter et de gérer de nouveaux acteurs et de nouvelles relations de pouvoir. Certains nouveaux modèles commerciaux remettent en cause les définitions des assurances et des services d’intermédiaires. On assiste à l’apparition de nouveaux risques relatifs à la protection des consommateurs, y compris ceux liés à l’agrégateur de clients, aux ventes, à la police d’assurance, à la sensibilisation, au paiement, et au service après-vente. Les régulateurs devraient prendre en main le calendrier financier, accélérer leurs processus de fonctionnement et travailler davantage avec le secteur. Chaque acteur doit prendre ses propres responsabilités et jouer le rôle qui est le sien. Les régulateurs doivent examiner les raisons pour lesquelles certains acteurs n’entrent pas sur le marché. Le cadre réglementaire doit être flexible de façon à s’adapter aux évolutions à venir.

En revanche, trop de réglementation peut entraver le développement de nouveaux marchés, phénomène susceptible de survenir l’année prochaine. La règlementation devrait prendre tout d’abord en considération le point de vue du consommateur. Elle devrait analyser la façon dont le consommateur signe et rédige les déclarations de sinistre. Elle devrait permettre l’existence de différents modèles économiques et veiller à ce que les clients disposent de différentes options en matière de souscription de polices d'assurances.  


Issofa Ncharé, Secrétaire général de la CIMA

Les consommateurs ont besoin de savoir qu’ils ont une assurance, qui est leur assureur, quels sont leurs droits et leurs obligations et comment accéder aux services, y compris ceux leur permettant de déclarer les sinistres. Ils ont également besoin de comprendre quand leur assurance prend fin, ce qu’elle peut et ne peut pas faire. L’assurance mobile et les risques qui y sont associés doit être mieux comprise par les autorités. La valeur Clients est d’autant plus importante que les ratios de sinistres sont faibles. Les autorités ont du mal à comprendre ce qui se passe sur le marché, faute de pouvoir disposer de données suffisantes. Elles représentent généralement la partie la plus faible dans la chaîne de création de valeur. Les autorités doivent donc collaborer avec leurs pairs en ce qui concerne les questions intersectorielles (par exemple les télécommunications). « L’évolution de la micro-assurance est une aventure qui s’inscrit sur une longue durée » a conclu Issofa Ncharé, le Secrétaire générale de la CIMA. « Il s’agit d’une aventure qui tirera ses avantages de la coopération de l’ensemble des acteurs du secteur » Ncharé a clôturé la conférence en précisant que l’assurance mobile représentait une excellente opportunité permettant le développement du marché de l’assurance. Il a également appelé les régulateurs de l’assurance à faciliter les innovations tout en garantissant la protection des consommateurs.

DR - 7.3.2017

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La CIMA en collaboration avec le Projet d’assurance (A2i) et l’Association Internationale des Superviseurs en matière d’Assurance (AISA) a accueilli la première Conférence sur l’assurance mobile. Cet évènement a permis de discuter de la façon dont la règlementation peut s’adapter à l’environnement technologique en constante évolution et augmenter la diffusion auprès de plusieurs millions de consommateurs en Afrique qui ne disposent pas de couverture d’assurance. Cet évènement a reçu le soutien de BMZ, DGIS, UK Aid, FSD Afrique et de la Fondation Munich Re.

Les auteurs souhaitent adresser leurs remerciements à Stefanie Zinsmeyer et Cat Denoon-Stevents pour leur contribution au présent article, ainsi que les conférenciers, qui ont bien voulu faire partager leurs expériences et leurs connaissances.

* Le Benin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République Centrafricaine, la République du Congo, la Cote d’Ivoire, le Gabon, la Guinée Bissau, la Guinée Équatoriale, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Tchad, le Togo



 

 
 

 

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